No home. Yaa Gyasi

C’est en regardant l’émission Télématin, et en écoutant Olivia de Lamberterie en parler que j’ai eu envie de lire No home. En réalité, il y a beaucoup de livre qu’Olivia me donne envie de lire, parce que c’est une passionnée et ça se voit !
Bref, je l’ai acheté et je l’ai lu.

 

 

Synopsis

Maama, esclave Ashanti, s’enfuit de la maison de ses maîtres Fantis durant un incendie, laissant derrière elle son bébé, Effia. Plus tard, elle épouse un Ashanti, et donne naissance à une autre fille, Esi. Ainsi commence l’histoire de ces deux demi-sœurs, Effia et Esi, nées dans deux villages du Ghana à l’époque du commerce triangulaire au XVIIIe siècle. Effia épouse un Anglais et mène une existence confortable dans le fort de Cape Coast, sans savoir que Esi, qu’elle n’a jamais connue, est emprisonnée dans les cachots du fort, vendue avec des centaines d’autres victimes d’un commerce d’esclaves florissant avant d’être expédiée en Amérique où ses enfants et petits-enfants seront eux aussi esclaves. Grâce à un collier transmis de génération en génération, l’histoire se tisse d’un chapitre à l’autre : un fil suit les descendants d’Effia au Ghana à travers les siècles, l’autre suit Esi et ses enfants en Amérique.

 

 

Mon avis

Ce roman est magnifique ! J’ai trouvé ce roman sublime

Tout commence avec l’histoire de deux femmes, deux soeurs nées au Ghana. L’une est mariée à un colon anglais, l’autre est vendue comme esclave par ce dernier. Ensuite, nous voyons défiler paragraphe après paragraphe le destin de leurs descendants respectifs. Nous traversons le temps depuis le XVIIIe siècle et le commerce triangulaire, jusqu’à aujourd’hui. Entre Afrique et Amérique, No home nous embarque dans l’existence de ce personnages qui ont tour à tour façonné leur destin.

Je suis la première à utiliser le mot « destin » lorsque je parle des aventures des personnages, dans mes chroniques. Et bien là, le terme ne me semble absolument pas galvaudé. Car il s’agit bien de fatalité, de chance et de malchance, de futur… Dans ce roman, j’ai particulièrement ressenti cette notion que chaque personnage s’est fabriqué en lien avec son passé, mais aussi cette volonté de faire perdurer ces liens entre les générations, inconsciemment ou non.

 

Ce roman est magnifique, bien sûr par son essence. Nous découvrons les personnages les uns après les autres, nous apprenons à les connaître, à partager un bout de leur vie, nous les quittons, pour les redécouvrir à travers les yeux d’un autre personnage. Et j’ai trouvé ça splendide, de toujours conserver ce filigrane entre chaque génération, parce que, même quand un protagoniste passe personnage principal à secondaire sans pour autant perdre de son intérêt. Il fait parti de l’histoire en général.

C’est un roman que j’ai trouvé poignant. Parce qu’il y a ces scènes qui m’ont mises mal à l’aise, comme celle du cachot, au début de l’histoire. Parce qu’on y découvre ou redécouvre les conditions exécrables des esclaves, qui n’étaient rien d’autre que de la marchandise. A peine des animaux. Parce qu’on y parle de la douleur de perdre son fils, de ne pas savoir ce qu’il est devenu (je fais référence à un épisode en fin de livre). Parce qu’il y a des moments d’espoirs… parfois vains, parfois illusoires, et parfois….

C’est un roman riche et documenté. L’auteure nous fait traverser trois siècles d’histoire entre le Ghana et les Etats-Unis. Le destin de deux familles sur trois-cents ans, qui, sous cette histoire romancée, revient sur ses origines, sur notre Histoire. Il est question d’esclavage, de la traite des noirs, du commerce effectué par les blancs. Mais l’auteure met également en lumière le fait que les chefs de villages n’hésitaient pas à chercher et vendre des esclaves aux blancs. En somme, s’il y a eu des acheteurs d’esclaves, c’est bien parce que d’autres ont accepté de les vendre. Et de même, j’ai trouvé que l’auteure exprimait parfaitement bien la difficulté rencontrée par les esclaves de jouir de leur liberté toute neuve dans les années 1960. Être libre, oui, mais de faire quoi, quand on a toujours connu la servitude ?

Enfin c’est un roman formidablement bien écrit. J’ai aimé le style oral, ce qui correspond parfaitement à l’histoire, puisqu’il s’agit de vies qui nous sont racontées. Et ces histoires, on a envie de les écouter.

 

J’ai eu la chance de lire ce roman en lecture commune improvisée avec ma copine Agathe, de la chaîne Kiatoulu. De fait, on a pu échanger nos impressions régulièrement, et c’était merveilleux. J’ai envie de dire que ça a rendu cette lecture encore plus sublime.

No home est un énorme coup de cœur de ce début d’année, un roman que je recommande sans hésiter.

Rendez-vous sur Hellocoton !

5 thoughts on “No home. Yaa Gyasi

  1. Salut ! J’ai fini ce livre hier soir, et j’ai beaucoup aimé. Il y a quelques petits points que je regrette, par exemple le traitement des personnages féminins est pas toujours top, et (mais ce n’est pas un vrai reproche car c’est le jeu, ça fait partie du format) le fait qu’on passe si peu de temps avec les personnages au final ! Malgré ça, c’est un roman intelligent et puissant que je recommande aussi, et je suis heureux qu’il t’ai plu.

    « Et de même, j’ai trouvé que l’auteure exprimait parfaitement bien la difficulté rencontrée par les esclaves de jouir de leur liberté toute neuve dans les années 1960. »
    Petite coquille ici, tu as écrit 1960 au lieu de 1860 😉

Laisser un commentaire