Mon combat pour sauver Raif Badawi. Ensaf Haidar

Le témoignage n’est pas un genre littéraire que j’affectionne particulièrement. En fait, il est très rare que j’en lise, car j’ai toujours peur d’être confrontée à une sorte de voyeurisme que je ne désire pas. Mais l’affaire Raïf Badawi avait retenu mon attention depuis pratiquement son début. Parce que c’est un combat qui concerne le droit d’expression, de liberté, le droit de vie tout simplement, et que s’il n’est malheureusement pas le seul cas au monde, il a quelque part une valeur symbolique dans notre société actuelle. J’ai écouté à diverses reprises quelques interview de sa femme et d’autres personnes oeuvrant pou la liberté du jeune homme. Ce livre témoignage m’intéressait grandement, aussi, je suis vraiment contente d’avoir été sélectionnée pour le recevoir lors de la Masse Critique de Babelio. Un grand merci à Babelio, donc, ainsi qu’aux éditions de l’Archipel.

 

 

Synopsis

En juin 2012, Raïf Badawi, 28 ans, est arrêté et jugé pour apostasie et insulte à l’islam. Son crime : avoir prôné sur Free Saudi Liberals, blog qu’il a créé, la libéralisation du royaume saoudien Il y défendait notamment le droit d’être athée. La justice le condamne à une peine de dix ans d’emprisonnement, assortie de mille coups de fouet. Détenu depuis 4 ans, il a reçu en janvier 2015 50 coups de fouet, ce qui a suscité l’indignation du monde entier.
Aujourd’hui, Ensaf Haidar, son épouse depuis 2002, dénonce l’injustice et les sévices infligés à son mari. Exilée à Sherbrooke (Québec) avec ses trois enfants, elle en appelle aux responsables internationaux. Son combat ne cessera que lorsque Raïf aura été libéré. Car Raïf Badawi n’est pas seulement un militant des droits de l’homme : le lauréat du prix Sakharov 2015 est devenu un symbole mondial de la liberté.
Ce livre est le témoignage de leur parcours, et du combat que mène Ensaf Haidar pour libérer son mari.

 

Mon avis

J’ai terminé ce livre il y a déjà 3 semaines, mais je ne pouvais écrire un avis directement. J’avais besoin de prendre du recul, de digérer ce témoignage avant d’en parler. Parce que bien sûr, j’ai été profondément touchée non seulement par l’intensité du récit, mais également par la façon dont Ensaf Haidar nous livre son histoire. Leur histoire.

Elle nous raconte leur rencontre, leur mariage et leurs début de vie à deux, puis trois… avec une certaine pudeur et surtout beaucoup de tendresse. Elle nous parle du Raïf Badawi père de famille, au passé pas vraiment idyllique, ancré dans des traditions saoudiennes, et en parallèle du Raïf activiste, qui milite pour une plus grande liberté, qui ose parler et s’opposer, parce que mine de rien, il l’aime son pays, il veut le faire avancer. On découvre un homme pleinement engagé dans le but de libérer la parole, un homme qui va de l’avant, et à ses côtés, une jeune femme qui, malgré ses craintes, ne cessera de le soutenir, et ce, même avant le destin tragique que connaîtra Raïf Badawi.  Ensaf Haidar y parle aussi de sa vie en tant que femme dans un pays où le patriarcat est de rigueur, où la liberté de la femme est plus que réduite…
Et puis, il y a cette condamnation, qui paraît tellement irréelle en 2016, mais qui pourtant s’avère on ne peut plus réelle : 10 ans de prison + 1000 coups de fouets. Le motif : s’exprimer librement et émettre des idées contraires aux pensées des Religieux du Pays.
Ensaf revient sur le parcours qu’elle a engagé depuis la condamnation de son mari, sur les actions en justices, les soutiens reçus, les promesses d’aides, malheureusement souvent avortées. Elle évoque l’impact de cette affaire dans l’opinion publique internationale, sur sa vie privée et celle de ses enfants… Et on se dit que pour supporter tout cela, il faut avoir une sacré force de caractère. Parce que Ensaif Haidar ne baisse pas les bras, malgré les obstacles. Elle continue de croire qu’un jour son mari sera libéré. A travers ses mots, j’ai deviné la femme combative et déterminée. J’ai appris à connaître cette femme qui crie son injustice, mais qui pour autant ne se positionne pas comme étant la seule victime au monde. Car au-delà de la liberté de son mari, c’est bien toutes les libertés qu’elle entend défendre.

Alors bien sûr, on ne va pas lire ce livre comme on lirait le prochain roman de l’été, et personnellement je n’aime pas conseiller ou déconseiller ce genre de lecture. En tout cas, moi je l’ai trouvé vraiment très instructif, car il met en lumière beaucoup de points concernant cette condamnation, mais laisse autant de questions en suspens.

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