Les transparents. Ondjaki

Un jour, que je regardais sur Babelio s’il y avait des romans proposés en partenariat, et susceptibles de m’intéresser, je suis tombée sur Les transparents. Le synopsis m’a bien plu, et en plus il est édité chez Métailie, une édition qui m’a fait découvrir de jolis romans. Il ne m’en a pas fallu plus pour tenter l’aventure.

 

 

Synopsis

Une source d’eau douce, ou une fuite intarissable, s’est ouverte au premier étage d’un vieil immeuble du centre de Luanda. Les habitants s’y retrouvent pour un moment de conversation et de repos. Ce sont des gens simples qui partagent leurs vies et leurs souvenirs, ce sont des personnages surprenants et complexes qui ont des désirs, des rêves, des peines. Ils racontent leurs histoires, la guerre, et pensent à l’avenir. Il y a Odonato qui a la nostalgie de la Luanda d’autrefois. Il y a Amarelinha sa fille, la brodeuse de perles, qu’aimerait approcher le jeune MarchandDeCoquillages. Il y a Paizinho, le jeune garçon qui cherche à la télévision sa mère dont il a été séparé par la guerre. L’immeuble abrite aussi des journalistes, des chercheurs, des contrôleurs, tous intéressés par les richesses naturelles du pays et le développement de la grande ville africaine : pétrole ou eau potable, corruption ou bien public. Toutes ces histoires tissent la toile de fond d’une Angola en cours de transition brutale entre sa culture traditionnelle et la modernité.

 

Mon avis

Voilà un livre bien singulier ! Les transparents m’a étonnée sur plus d’un plan, car c’est un roman qui ne peut laisser indifférent.

Le roman commence par une conversation entre deux personnes. Là, tu te dis qu’il y a quelque chose qui cloche, mais tu ne sais pas trop. Mais voilà, la curiosité du roman est déjà là. Tu veux faire connaissance avec les personnages, alors tu poursuis ta lecture. Jusqu’à ce que tu réalises que tu as lu 5 pages mais tu n’as toujours pas rencontré le moindre point. Il y a bien eu quelques points de suspension, des points d’interrogation, mais pas de point. Et tu n’as pas rencontré de majuscule non plus, outre pour les noms des personnages.
N’allez surtout pas croire que le roman est une seule et loooongue phrase, ce n’est pas le cas ! Car les sauts de lignes existent, les paragraphes également. C’est juste que l’auteur a décidé de ne pas utiliser de points ou de majuscules. Et si au début, cela m’a semblé étrange, et bien rapidement ça a donné un sens tout autre à ma lecture, et j’ai abordé le roman sous un autre angle.

L’histoire, c’est une sorte de huis-clos dans un immeuble de Luanda. Dedans, y vivent des personnes aussi étranges les unes que les autres, donnant à ce lieu une âme particulière, de ces endroits où règne la solidarité, les petites histoires, les vies qui s’entrecroisent. Mais parler de huis-clos n’est finalement pas le terme le plus approprié, car la vie de cette immeuble est intimement liée à celle de Luanda, et plus exactement à la transformation que subit la ville après des années de Guerre Civile. L’angola ne subit plus le joug de la dictature, et de ce fait devient intéressante pour les industriels, persuadés que tu pétrole se terre sous la surface de la capitale. Et quand on découvre qu’une source d’eau particulière s’écoule du premier étage de l’immeuble, c’est toute la vie de ses habitants qui va être bouleversée. Cette source a la réputation d’offrir un bien-être propice au repos et à la conversation. Alors, les gens parlent de leurs souvenirs, de la guerre, de l’avenir, de leurs craintes, leurs espoirs. Chaque personnage a sa particularité, sa propre vie qu’il porte avec ses forces et ses faiblesses. Et puis c’est aussi le monde extérieur qui vient dans cet immeuble, pour des raisons plus ou moins éthiques, par hasard ou non. Mais peu importe, tous en repartiront avec un souvenir ancré dans leur mémoire. Que ce soit la découverte d’une pauvreté cruelle, l’opportunité que peut offrir cette source d’eau, les histoires que l’on se raconte entre habitants de l’immeuble, il y aura toujours quelque chose à dire de cet endroit.
Un endroit qui craint arriver sa mutation, avec cette nouvelle ère d’après-guerre, qui sonne certes la fin d’une époque tristement trouble, mais paradoxalement le début de nouveaux ennuis pour ces petites gens tentant de survivre au jour le jour, avec les moyens du bord. Le profit, la corruption et tout ce joyeux monde font irruption, et ce n’est pas toujours beau à voir…
Pour nous raconter tout cela, Ondjaki est un remarquable narrateur. L’absence de point et de majuscule se fait vite oublier, ou plus exactement elle se fait ressentir mais de manière positive. Parce que finalement, ce que nous raconte l’auteur, ce sont des bribes de vies qui s’entremêlent, des gens qui continuent d’exister au-delà de ces moments où l’auteur parle d’eux, où les lecteurs les observent. Cette particularité syntaxique est pour moi comme un symbole d’une vie qui continue coûte que coûte, au-delà des apparences.
Ce roman, c’est l’histoire d’un pays qui hésite entre ses traditions qui font son identité, et la modernité qui se fait de plus en plus présente. C’est l’histoire de gens, souvent pauvres, à qui la vie ne fait pas de cadeau, mais qui se battent jusqu’au bout pour lui tenir tête. Et c’est surtout une multitude de rencontres avec des personnages souvent bien étranges, mais en même temps si communs…

Un roman que je vous conseille vivement.
Un grand merci à Babelio et aux éditions Métailié.

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