Le choeur des femmes. Martin Winckler

Il y a quelques mois de cela, ma copine TetedeLitote parlait sur son blog d’un livre qu’elle avait adoré : Le chœur des femmes, de Martin Winckler. Sa critique m’avait sincèrement intéressée, et j’ai eu envie de le lire. Pas dans le genre, comme on fait parfois « Ah tiens, ça a l’air pas mal comme livre, si un jour éventuellement je tombe dessus, ptet que je le lirai, si j’ai rien d’autre de plus urgent ». Non, non. Là, je m’étais dit « FOKJLELISE !! ». Parce que déjà avant, j’avais lu une belle critique qui avait attisé ma curiosité. Et donc, j’ai profité de mes vacances de septembre pour enfin le lire.

 

 

Synopsis

Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de  » Médecine de La Femme « , dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit? Qu’il va m’enseigner mon métier? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur coeur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre.

 

Mon avis

Il y a certains romans, ils te mettent une claque littéraire, car l’écriture, la description, l’intrigue t’a subjuguée. Ce ne fut pas le cas avec Le chœur des femmes. En revanche, ce roman ma mis une sacrée claque d’Humanité. Et c’est tout aussi puissant, je vous assure !

Pour faire court, même si Le chœur des femmes est très bien écrit, ce n’est pas pour la prose de l’auteur que ce livre m’a bouleversée, mais pour le contenu de son récit.

L’histoire se déroule dans un hopitâl, et plus précisément dans le service gynécologique. Jean Atwood est une toute jeune diplômée, ou presque. Il ne lui reste plus qu’un stage à effectuer, et en tant que major de promo, il est évident qu’elle n’a plus rien à apprendre… Oui, c’est évident… Ou pas. Mais comprendre le corps de La Femme, connaître les termes médicaux, les grandes idées est une chose, comprendre la femme qui est actuellement en face de toi, faire avec son histoire, son vécu, ses angoisses, ses questions… en est une autre. Et ça, Jean va vite réaliser que ce n’est pas si évident que cela.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, je vais rapidement vous parler du fil conducteur concernant Jean Atwood, son histoire, etc. Si dès le début, on comprend bien que la jeune femme a une histoire secrète qui n’a pas l’air d’être des plus simples, c’est surtout dans les 50 dernières pages qu’elle va se dévoiler. Une histoire certes étonnante, mais tout de même cousue de fil blanc et qui pour moi ne constitue pas l’intérêt premier du roman. En clair, elle n’y serait pas, cela ne me manquerait pas.

Au début, la jeune femme est souvent bien arrogante face à la situation de ces femmes venues consulter pour X raison. Ces femmes qui, évidemment trouvent toujours une bonne excuse quand elles sont enceinte alors qu’elles ne le souhaitaient pas. Mais bien sûr, tu veux nous faire croire que tu as pris ta pillule, et malgré ça tu es enceinte ! Et cerise sur le gâteau, voilà que le docteur Karma, le médecin en poste, il écoute ses patientes. Jusqu’au bout, sans chercher à abréger. Non mais franchement c’est quoi ce délire ? Depuis le temps qu’il exerce, il n’a pas compris qu’elles lui racontent des histoires, ses patientes ?
Voilà grosso modo le point de départ de l’histoire : Jean Atwood et ses convictions bien ancrées arrivent dans un service gynécologique, et vont découvrir la médecine auprès d’un médecin aux pratiques bien différentes de ce qu’elle aura appris pendant ses études.
Car si la jeune femme n’a aucune lacune concernant le côté médical, chirurgical, elle en a un sacré paquet vis-à-vis de l’écoute des patients. Elle comme la plupart des étudiants, et des pratiquants d’ailleurs, car c’est bien là ce que veut souligner Martin Winckler : Le fait que les médecins ne soient pas formés à écouter leurs patients. Il dénonce une pratique de la médecine trop souvent dépassée, qui ne se remet peut-être pas assez souvent en question. Toutefois, je tiens à souligner le fait que ce n’est pas une critique gratuite du corps médical dont il est question, mais j’ai ressenti dans ces mots, la volonté de vouloir faire avancer les choses. Une critique positive, en somme.
Et à travers cette confrontation entre le docteur Karma et Jean Atwood, c’est le manque d’adéquation ente le terrain et la théorie qui est mise en avant. Au fur et à mesure de son stage, Jean va apprendre beaucoup. Sur ces femmes, sur la médecine gynécologique, et sur elle-même, bien sûr. Au fil du récit elle se fait moins arrogante, moins sûre d’elle, ce qui va paradoxalement permettre aux patientes de se sentir plus en confiance à son contact.
Ce roman, c’est aussi une mine d’information concernant le domaine gynécologique, de ses pratiques, de ses avancées.

En parallèle au récit suivant Jean Atwood, le roman intercalle des récits de patientes. Et si au début de cette chronique je vous parlais de claque d’humanité, c’est justement pour ces récits. Parce que bien sûr chaque femme a son histoire, avec ses joies ses peines, chacune va vivre son avortement, sa grossesse, sa simple consultation de routine à sa façon. Et même lorsque tu crois que l’histoire est banale, tu te rends compte qu’en fait non, aucune histoire ne l’est vraiment. Et tu comprends pourquoi le docteur Karma tient à ce que l’écoute de la patiente passe avant tout.
Mais voilà qu’en lisant ces témoignages, je me rends compte que, moi qui me croyais très tolérante sur le sujet de l’avortement, je m’étais pourtant fixé une limite à cette tolérance. Du genre, je comprends qu’une femme veuille avorter si c’est justifié. Ok… Mais c’est quoi un avortement « justifié » au juste ? En quoi une personne aurait-elle plus bonne raison qu’une autre d’en arriver à cet acte ? Peut-être, toi qui es en train de me lire, tu te dis comme moi, qu’une femme violée veuille se faire avorter est plus légitime que la nana qui a oublié sa pillule (parce qu’après tout, elle avait qu’à y penser, ou demander à son mec de mettre un préservatif). Et bien je t’invite à lire ces témoignages, à lire les réflexions de Jean, du docteur karma, et peut-être que toi aussi, tu te verras la chose autrement. Evidemment, concernant le droit à l’avortement, l’acte en lui-même, j’aurais encore tant à dire, seulement ce n’est pas tant ma propre opinion que je voulais mettre en avant, que le fait que chaque récit de femme s’inscrit dans une réflexion qui va au-delà de la simple question du droit ou non à l’avortement, à condition d’accepter de remettre en question ses propres idées, à condition d’accepter l’idée que notre vécu n’est pas celui de l’autre personne et que donc notre ressenti sera forcément différent.

En conclusion, Le chœur des femmes est un roman qui mérite d’être lu et que je vous recommande vivement.

Rendez-vous sur Hellocoton !

4 thoughts on “Le choeur des femmes. Martin Winckler

  1. J’ai lu ce livre complètement par hasard. Je ne sais pas vraiment comment j’en suis venue à ouvrir ses pages alors que son histoire est basée sur un monde qui a priori m’intéresse assez peu. Finalement j’ai été aussi enthousiaste que toi! Et en tant que jeune femme, je crois que j’en ai été d’autant plus touché. Je ne sais pas si un homme le prendrait de la même façon!

Laisser un commentaire