Héloïse, Ouille ! Jean Teulé

Jean Teulé et moi, on a une relation un peu étrange. Pour commencer, parler de relation est un peu présomptueux de ma part, étant donné que je ne connais pas l’auteur personnellement, et que lui-même ignore mon existence. En fait, je devrais plutôt parler de Jean Teulé, son œuvre, et moi.
Cet auteur, je l’ai découvert lors d’un voyage en train. Avant le départ, j’avais acheté Le magasin des suicides au Relay de la gare. J’avais choisi le livre pour sa taille, relativement petite, et pour son titre qui me plaisait bien. Le livre ne m’a pas duré le temps du voyage : je l’ai assez rapidement abandonné, car je n’accrochais pas. Et puis, quelques temps plus tard ma copine Tequi en a parlé. J’ai eu envie de lui redonner sa chance… Et ça a fonctionné. Je ne suis pas tombée amoureuse du livre, mais je l’ai trouvé beaucoup plus intéressant que la première fois. Par la suite, j’ai lu Charly 9. J’étais intéressée par le contenu du livre, mais n’ai pas accroché au style de l’auteur. Cela dit, il faut rendre à Jean ce qui appartient à Jean : Monsieur Teulé a une plume bien marquée, qui n’appartient qu’à lui. Que l’on aime ou non, il a au moins le mérite de ne pas nous proposer un style fadasse.
Jusque là, je n’ai pas eu de coup de cœur pour les livres de Jean Teulé. Certes. En revanche, l’écouter lors d’une interview, d’un débat ou autre, c’est pour moi un immense plaisir. Quand il te parle d’un roman, que ce soit le sien ou celui d’un autre, tu sens le gars hyper passionné, sûr de son sujet, et bien sûr absolument passionnant. Jean Teulé, c’est le genre d’homme capable de te convaincre que si, si, les pages jaunes c’est le super fun. Donc, quand j’ai entendu parler de son roman mettant en scène le célèbre couple Héloise et Abélard, j’ai commencé à m’y intéresser. Et, quand puis j’ai compris au détour d’une émission, que Jean Teulé tenait à nous présenter le couple dans son intimité la plus intime, j’ai eu un moment d’hésitation, avant de me dire qu’après tout, pourquoi pas !
Je me suis donc lancée dans la lecture de Héloïse, ouille !

 

 

Synopsis

Jean Teulé revisite les amours tumultueuses d’Héloïse et Abélard dans une version d’une modernité ébouriffante.
À la fin de sa vie, Abélard écrivait à Héloïse : « Tu sais à quelles abjections ma luxure d’alors a conduit nos corps au point qu’aucun respect de la décence ou de Dieu ne me retirait de ce bourbier et que quand, même si ce n’était pas très souvent, tu hésitais, tu tentais de me dissuader, je profitais de ta faiblesse et te contraignais à consentir par des coups. Car je t’étais lié par une appétence si ardente que je faisais passer bien avant Dieu les misérables voluptés si obscènes que j’aurais honte aujourd’hui de nommer. »
Depuis quand ne peut-on pas nommer les choses ?
Jean Teulé s’y emploie avec gourmandise.

 

Mon avis

S’il y a bien une chose qu’il faut reconnaître à Jean Teulé, c’est qu’il a un style. Oui, chacun est libre d’aimer ou de détester, d’adhérer ou non. Mais lire un roman de cet auteur, c’est être assuré de trouver, au-delà du récit en lui-même, un désir de raconter une histoire, de la partager avec son lectorat.
Tout commence alors que Chanoine Fulbert va confier sa nièce Héloïse à Pierre Abélard, afin que ce dernier s’occupe de son éducation. Mais, à l’abri des regards du Chanoine, c’est une éducation bien particulière qui va se mettre en place. Cependant, Héloïse saura rassurer son oncle concernant son savoir en lui affirmant que « oui, ça rentre ». Seulement voilà, prendre le chanoine pour un lapin de paques, ça va un temps, mais il arrive un moment où la naïveté du bougre cessera. Et ce jour-là, des têtes sexes vont tomber. En tout cas, celui d’Abélard.

En fait, je crois qu’on peut séparer ce roman en deux parties distinctes : avant et après la chute des génitoires d’Abélard.

Dans la première partie, donc, nous faisons la connaissance des protagonistes, et découvrons bien vite la relation qui va se mettre en place entre eux. Pour nous conter cette relation charnelle, Jean Teulé n’est pas avare en mots, métaphores et autres tournures. Tu veux élargir ton vocabulaire érotico-moyennâgeux ? Alors, lis ce roman ! Je t’assure que tu auras de quoi t’amuser. Alors oui, les échanges jouant sur le poétiquement scabreux, les descriptions de scènes charnelles à te faire passer un Rocco Siffredi pour un débutant, c’est « juteux », ça peut même être émoustillant, pourquoi pas ! Mais il arrive un moment où je commence à en vouloir plus. Non pas à propos des génitoires d’Abélard ou du cul d’Héloïse, mais concernant le fait que l’histoire Héloïse et Abélard ait traversé les siècles.
Parce que bon. Ce livre il est quand même classé dans la catégorie Roman Historique. J’en attendais donc une bonne part dans ce roman. Sur ce point, j’ai trouvé la première partie un peu avare dans ce domaine.
Et puis, il y a le tournant de l’histoire. Héloïse est enceinte, la relation (même si déjà connue de tous) ne peut plus être cachée… et surtout, il faut punir Abélard, cet homme de satan, qui a osé s’enticher de la jeune femme. La solution est toute trouvée : Abélard sera séparé de ses génitoires. Ouille !
Evidemment, ce n’est pas le moment le plus gai de l’histoire, mais il permet de donner un nouveau souffle au roman, qui peinait à vraiment m’intéresser. Là, c’est un tout autre amour qui va se jouer entre les deux amants. Un amour qui ne se contente plus de passion physique, mais va bien au-delà des gestes et des mots. On découvre une Héloïse à l’âme profonde,  et un Abélard qui n’aura de cesse de titiller la morale chrétienne. Finalement, Héloïse et Abélard, ce sont deux précurseurs dans l’âme, et c’est pour toutes ces raisons qu’aujourd’hui encore, leur mythe reste intacte.
Cependant, n’allez pas croire que dans cette deuxième partie, Jean Teulé a changé son style ! Que nenni ! Jean Teulé reste Jean Teulé, et l’écriture reste emplie de verve, de tournures crues, voir grivoises.
Si cette deuxième partie m’a plus intéressée pour la portée historique de la naissance d’un couple de légende, je n’ai en revanche que partiellement apprécié le style. Oui, de lire un roman où l’auteur ose appeler un chat un chat (ou plutôt une chatte une chatte) c’est plaisant. Oui, qu’il fasse l’apologie de la richesse du vocabulaire du Moyen-Âge, c’est enrichissant. Mais j’ai envie de dire, trop c’est trop ! J’ai fini par arriver à saturation. J’avais besoin de plus de simplicité dans le récit, et malheureusement, je ne l’ai pas trouvé.
Je ne l’ai tellement pas trouvé, qu’en fait, je me rends compte à mesure que j’écris cet avis, que mes propos ne sont pas super structurés. Parce qu’au final, ce roman ne m’a pas déplu, mais j’en attendais autre chose, je pense.
Décidément, Jean Teulé me restera toujours énigmatique…. Mais c’est pas grave, je lirai certainement son prochain roman… Ou bien un autre, plus ancien ^^

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3 thoughts on “Héloïse, Ouille ! Jean Teulé

  1. Tout à fait d’accord on se doit de lui reconnaitre un style qui je trouve est en adéquation avec le personnage

  2. Il me faisait très envie celui là depuis sa sortie mais j’avoue que tu me refroidie un peu. Je vais attendre qu’il sorte en poche, ce qui ne devrait plus tarder ! 😉

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