Le temps où nous chantions. Richard Powers

Le temps où nous chantions traînait dans ma pal depuis maintenant plus de deux ans. Et le pauvre livre commençait à se sentir abandonné… Mais voilà, le livre fait plus de 1000 pages, et à chaque fois la même rengaine : « Oh non il est gros, je le lirai plus tard ». Et pourtant, j’avais très envie de le lire depuis le début, car le thème m’intéressait beaucoup…
Bref, j’ai pris ma résolution en main, le livre dans l’autre main, et je me suis décidée à le lire.

 

 

Synopsis

Tout commence en 1939, lorsque Delia Daley et David Strom se rencontrent à un concert de Marian Anderson. Peut-on alors imaginer qu’une jeune femme noire épouse un juif allemand fuyant le nazisme? Et pourtant… Leur passion pour la musique l’emporte sur les conventions et offre à leur amour un sanctuaire de paix où, loin des hurlements du monde et de ses vicissitudes, ils élèvent leurs trois enfants. Chacun d’eux cherche sa voix dans la grande cacophonie américaine, inventant son destin en marge des lieux communs: Jonah embrasse une prometteuse carrière de ténor, Ruth, la cadette, lutte aux côtés des Black Panthers, tandis que Joseph essaye, coûte que coûte, de préserver l’harmonie familiale. Peuplé de personnages d’une humanité rare, Le temps où nous chantions couvre un demi-siècle d’histoire américaine, nous offrant, au passage, des pages inoubliables sur la musique.

 

Mon avis

S’il y a une chose que je regrette, c’est de ne pas avoir sorti ce roman plus tôt de ma pal. Parce que franchement, mais quel régal quoi !!
Ce roman c’est quoi au juste ?
C’est une fresque sur l’histoire américaine depuis 1939. L’Amérique avec ses luttes contre les ségrégations raciales, pour ses droits civiques. Une Amérique qui, derrière ses allures de Grande puissance mondiale, semble se chercher une identité propre… L’auteur a mélangé faits réels et connus – comme celle d’Emmett Till, ce jeune noir battu à mort, jusqu’à le rendre méconnaissable, pour le simple fait qu’il avait dragué une jeune blanche – et faits inventés, mais s’inscrivant totalement dans la mentalité et s’inspirant de l’Histoire.
C’est l’histoire de la famille Strom. Lui, juif venu d’Europe pour échapper au nazisme, elle noire américaine à la recherche d’un monde meilleur. Leur passion commune : la musique. Passion qu’ils auront à cœur de transmettre à leurs trois enfants : Joseph (le narrateur), Jonah et Ruth. Joseph et Jonah sont très proches, 1 an d’écart seulement, et semblent même ne former parfois qu’une entité. Pour preuve, leur mère qui les appelle JoJo, comme s’ils étaient indissociables. L’un ne va pas sans l’autre, l’un est le fair-valoir de l’autre. Encore une fois, c’est la question de l’identité qui est mise en avant. Deux garçons métissés, pas tout à fait blancs, mais pas vraiment noirs non plus. Des garçons qui ne trouvent leur place nulle part, et vont se créer un cocon hors du monde. Une bulle où la musique règne en maître. Tout d’abord cette musique découverte en famille, au rythme des improvisations, des défis musicaux, puis celle des grandes écoles, plus carrée, plus académique. Et puis il y a Ruth, la petite sœur, qui va renier cette culture musicale, et se rebeller contre sa famille qui, selon elle, renie ses origines noires.

L’identité au cœur de ce livre donc. Identité d’une nation, d’une famille, d’un individu. Chacun cherchant la sienne en tant qu’individu, mais aussi dans un ensemble.

Et pour lier tout cela, il y a la musique, présente à chaque page, à chaque événement. La musique comme point de repère, comme dénouement, comme introduction… Et pourtant, malgré le titre du livre, malgré son omniprésence, je n’ai pas perçu la musique comme étant le thème principal du livre, mais plutôt comme étant le moteur autour duquel vont s’articuler tous les sujets importants de ce roman. Les descriptions sont complètes, des techniques de chants, aux premiers opéras, en passant par les vocalises, l’auteur nous embarque dans un univers musical à la fois grandiose et intimiste. Et on se plaît à immiscer dans cet univers, comme le font les deux frères Jonah et Joseph. Mais ces chapitres font échos aux passages axés sur les événements historiques, nous rappelant rapidement à la réalité, souvent bien difficile.

S’il s’agit bien d’une fresque historique sur la seconde moitié du XXème siècle aux Etats-Unis, celle-ci n’a rien de linéaire. En effet, le narrateur passe d’une époque à une autre, multipliant les flash-back, tissant une toile du temps entremêlée. Chaque événement présent est un prétexte pour retourner dans le passé. Chaque événement passé augure un événement à venir. Les uns s’imbriquant avec les autres. Mais c’est également notre vision des choses qui est amenée à faire des aller-retours. Car en jouant ainsi avec le temps, l’auteur nous donne à reconsidérer chaque chose dans son intégralité. Connaître un fait de départ, en voir les conséquences quelques décennies plus tard, jusque là ça va. Mais le contraire ? Se baser sur un fait actuel, et repartir en arrière pour en comprendre la raison. L’exercice semble plus périlleux… Ainsi, l’auteur nous rappelle que l’Histoire n’est pas linéaire, que le présent dépend du passé et forge le futur, que l’un n’est rien sans les deux autres.

Alors voilà, Le temps où nous chantions, c’est un gros pavé, mais c’est surtout un sacré roman, avec des personnages d’une sensibilité rare et une histoire terriblement touchante.

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