La dernière page. Gazmend Kapllani

Quand j’étais plus jeune, j’avais tendance à confondre l’Albanie et le Liban. Que je situais quelque part en Afrique. Mais ça, c’était quand j’étais vraiment plus jeune. Et si désormais mes lacunes géographiques sont comblées, et que je sais situer l’Albanie sur la carte de l’Europe, il n’en va pas de même pour l’Histoire de ce pays. Je savais que l’Albanie était un pays qui était longtemps resté fermé, qu’il y avait un régime communiste en place jusqu’au début des années 1990, mais à part ça ? Pendant la Seconde Guerre Mondiale ? Après l’effondrement du régime communiste ? Bah j’en savais rien ! Et pour être honnête, je ne m’étais jamais posée la question.
Quand j’étais plus jeune, j’ai rapidement su placer la Grèce sur une carte géographique. Et j’étais persuadée que les habitants de  se pays étaient Zeus, Aphrodite, Appollon et Hermes. Et si j’ai découvert par la suite avec beaucoup d’intérêt l’époque Greco-Romaine, je dois bien avouer que je ne sais pas grand-chose sur ce pays. Et encore moins sur l’époque contemporaine. A part que c’est la crise…. Mais Pendant la Seconde Guerre Mondiale ? Et après l’effondrement du Communisme en Europe de l’Est ?

Et si je n’avait pas sélectionné, puis reçu La dernière Page, de Gazmend Kapllani, via la masse critique de Babelio, je crois que je n’aurais pas forcément cherché à en savoir plus. Du moins, pas dans l’immédiat.
Mais voilà. J’ai reçu La dernière Page, de Gazmend Kapllani, et j’ai plongé au cœur d’un pays que je ne connais pas du tout. Pour cela, un grand merci à Babelio, mais aussi aux éditions Intervalles, dont j’ai fait la découverte par la même occasion

 

 

Synopsis

En 2011, Melsi, journaliste et écrivain albanais vivant en Grèce, est rappelé en Albanie pour enterrer son père, dont il ne sait presque rien. A Tirana, il s’emploie à surmonter les tracasseries administratives et entreprend de reconstituer la vie de ce dernier, pleine de secrets. Ce roman, qui met en scène deux périodes mouvementées, éclaire la dérive de l’Albanie pendant et après le communisme.

 

Mon avis

Quand j’ai choisi ce livre parmi la sélection de Masse Critique, je l’ai coché un peu au hasard. Disons que ce n’était pas le livre que je voulais absolument recevoir,mais je l’avais sélectionné par curiosité.
Et la curiosité fait sacrément bien les choses, parfois, car ce livre fut un intense moment de lecture pour moi.
Le livre n’est pas épais, il compte 156 pages. Et pourtant, j’ai bien du mettre plus de 3 heures pour le lire. Pratiquement deux fois plus de temps que ma vitesse de lecture habituelle. Je ne saurais expliquer pourquoi, mais j’ai ressenti le besoin de prendre mon temps, de savourer chaque phrase, chaque paragraphe, de prendre mon temps entre deux chapitres. Inconsciemment, je crois que je me suis pratiquement fait une lecture à voix haute dans ma tête, comme si l’auteur me narrait son histoire lui-même, et que je l’écoutais d’une oreille attentive.

Melsi, Albanais, la quarantaine, vit et travaille en Grèce. Suite au décès de son père à Shangai, il retourne dans son pays natal afin d’effectuer les formalités administratives. Mais ce retour ne sera pas sans conséquences, puisqu’il va faire quelques découvertes auxquelles il ne s’attendait pas. Entre autre, celle d’un carnet marron contenant un texte écrit par son père lui-même. Cela va l’amener à se poser deux questions : Que faisait son père à Shangai ? Et qui était-il vraiment ?

La dernière page est un roman sombre, pessimiste, qui explore un passé historique douloureux, et un présent guère plus glorieux, même si les raisons ne sont pas les mêmes. Mais ce sont aussi des êtres torturés, emplis d’une vie qu’ils semblent presque porter comme un fardeau. Probablement, le roman est à l’image des deux pays mis en scène, l’Albanie et la Grèce. Je dis probablement car j’en connais tellement peu sur ces nations, que je ne veux pas m’avancer, mais dans mes spéculations, j’imagine que c’est ce que l’auteur a voulu faire ressortir.
Mais malgré le côté pessimiste qui en ressort, l’histoire contient une profondeur qui l’empêche de sombrer dans un aspect totalement démoralisant.

La dernière page, ça parle d’identité. Celle d’une famille juive de Thessalonique, qui doit taire son nom, jusqu’à l’oublier. Celle d’un homme qui passera de Juif à musulman puis fervent communiste. Celle d’un homme qui va découvrir que son père n’était pas celui qu’il croyait, et va se poser des questions sur lui-même.
Dans La dernière page, il est également question de frontières. Celles de l’Albanie qui jusqu’en 1991 restent ostensiblement fermées au Monde, plongeant ses habitants dans un gouvernement totalitaire où règne sans cesse la peur d’être dénoncé pour opposition au régime. Celles de la Grèce qui, tout en étant ouvertes à l’Europe, au monde, voient ses citoyens habités par la peur de l’étranger, la peur de l’envahissement. La Grèce qui, malgré son ouverture à l’Europe, refuse la nationalité grecque à un albanais vivant et travaillant dans le pays depuis plus d’une décennie.

En alternant l’histoire de Melsi dans le présent, et l’histoire de son père, qu’il découvre grâce à ce fameux cahier marron, l’auteur nous convie à une rude mais néanmoins passionnante découverte d’une Histoire que personnellement je ne connaissais que trop peu. J’ai notamment trouvé très intéressant d’en connaître un peu sur l’Albanie d’après le régime Communiste. Comment se servir de cette liberté si longtemps opprimée ? Comment envisager un avenir avec des frontières qui s’ouvrent ? Comment ne pas être tentés de quitter ce pays qui a si longtemps empêché ses citoyens de sortir du territoir ?

Oui, La dernière page est une fiction, mais l’histoire s’ancre dans une réalité contemporaine qui ne fait aucun doute. Et par les thèmes traîtés, ce roman nous invite à une réflexion sur notre Histoire, sur notre identité, en résumé sur notre Humanité.

Rendez-vous sur Hellocoton !

2 thoughts on “La dernière page. Gazmend Kapllani

  1. J’ai de nombreux amis en Albanie et j’avoue que leur histoire est fascinante. J’en ai deux à Paris d’ailleurs si ça te dit de les rencontrer. 😉
    C’est un voyage à faire aussi. Ce pays est magnifique!
    En tout cas je note ce livre. Tu m’intrigue beaucoup!

    1. C’est vrai que ce n’est pas forcément le premier pays auquel je pense pour mes vacances, mais j’ai regardé quelques photos, et je suis persuadée qu’il y a énormément à découvrir 🙂 A l’occasion je te prêterai le livre (et il y a un autre livre que j’avais promis de te prêter, je sais plus lequel) ^^

Laisser un commentaire