Notre-Dame du Nil. Scholastique Mukasonga

Depuis le jour où j’ai entendu parler de Notre-Dame du Nil en 2012, suite à son prix Renaudot, je m’étais promis de le lire. Alors, quand je l’ai vu disponible à ma médiathèque, je n’ai pas hésité une seconde avant de l’emprunter.

 

 

Synopsis

Au Rwanda, un lycée de jeunes filles perché sur la crête Congo-Nil, à 2 500 mètres d’altitude, près des sources du grand fleuve égyptien. Les familles espèrent que dans ce havre religieusement baptisé Notre-Dame du Nil, isolé, d’accès difficile, loin des tentations de la capitale, leurs filles parviendront vierges au mariage négocié pour elles dans l’intérêt du lignage. Les transgressions menacent au cœur de cette puissante et belle nature où par ailleurs un rigoureux quota  » ethnique  » limite à 10 % le nombre des élèves tutsi. Sur le même sommet montagneux, dans une plantation à demi abandonnée, un  » vieux Blanc « , peintre et anthropologue excentrique, assure que les Tutsi descendent des pharaons noirs de Méroé. Avec passion, il peint à fresques les lycéennes dont les traits rappellent ceux de la déesse Isis et d’insoumises reines de Candace sculptées sur les stèles, au bord du Nil, il y a trois millénaires. Non sans risques pour la jeune vie de l’héroïne, et pour bien d’autres filles Prélude exemplaire au génocide rwandais, le huis clos où doivent vivre ces lycéennes bientôt encerclées par les nervis du pouvoir hutu, les amitiés, les désirs et les haines, les luttes politiques, les complots, les incitations aux meurtres raciaux, les persécutions sournoises puis ouvertes, les rêves et les désillusions, les espoirs de survie, fonctionne comme un microcosme existentiel fascinant de vérité, décrit d’une écriture directe et sans faille.

 

Mon avis

Le génocide au Rwanda en 1994, nous en avons bien sûr entendu parler. Nous avons vu les images, malgré nous, avons entendu ces témoignages, ces cris d’appel à l’aide, de désespoir… Mais avant ? Qu’est-ce qui a pu mener à cette catastophe humaine ?
Voilà en somme ce que nous raconte ce roman. Situé temporairement entre la décolonisation du pays et le génocide, Notre-Dame du Nil nous dépeint une chronique de la vie dans un lycée de jeunes filles.

Le lycée Notre-Dame du Nil n’est pas n’importe quelle institution. Ici, y sont admises les jeunes filles de bonnes familles. Filles d’ambassadeur, de militaire, de ministre, elles sont promises à un bel avenir, pour autant qu’elles arrivent vierges au mariage, ou au moins qu’elles ne tombent pas enceinte avant. Mais aussi avec quelque chose dans le ciboulot, car le diplôme est une garantie non négligeable pour conclure un mariage avec les meilleurs partis. Et puis il y a ces filles qui sont là parce qu’il faut le « quotat tutsi ». Dans ce pays à très forte majorité hutu, le minimum de tutsi exigé par classe est de 10%. Et nul doute que ce minimum est très rarement dépassé.

Ainsi, Virginia et Veronica, les deux Tutsis de la dernière classe du lycée, vont cotoyer Modesta, Gloriosa ou encore Goretti. Et ce n’est pas tous les jours facile ! Car dès les début, on sent les premières tensions. Virginia et Veronica subissent le mépris et le sarcasme de leurs camarades, Gloriosa en tête, dont l’ambition et le désir de popularité n’ont d’égal que sa haine pour les Tutsis. A travers la vie de ces jeunes filles, nous assistons à la montée en puissance de cette haine entre les deux ethnies, jusqu’au point de non-retour. La politique du pays à rattrapé le lycée. Les étudiantes, bien qu’étant dans un lycée isolé, tenu par des religieuses blanches et des professeurs belges ou français, ne peuvent échapper à l’histoire de leur nation.
Alors on peut se demander si, justement, le lycée Notre-Dame du Nil n’est-il pas un symbole d’une nation qui prône la supériorité du « peuple majoritaire » ? Ces jeunes femmes ne sont-elles pas en quelque sorte des esprits préfabriqués, destinées à pérenniser d’un côté ce sentiment de supériorité, de l’autre côté la soumission ?

Notre-Dame du Nil est un roman fort, et s’il s’agit d’une fiction le lien avec l’Histoire ne fait aucun doute. On peut d’ailleurs clairement voir apparaître la part de l’auteure, d’origine Tutsi dans ce récit. Car oui, dans cette histoire, Les Tutsis sembent innofensives et innocentes, tandis que les hutus sont de viles filles pétries de haine et responsables de toutes les horreurs. Bien sûr que dans la réalité il en va autrement… Je doute personnellement que les Tutsis aient toujours eu le beau rôle, et que les Hutus soient les seuls responsables de ces événements tragiques. Mais peut-on reprocher à quelqu’un qui a perdu une vingtaine de personnes de sa propre famille dans un massacre de ne pas partager cette opinion ?

Notre-Dame du Nil est un très beau roman, sur un sujet hélas toujours d’actualité au Rwanda, où les tensions entre les deux ethnies sont encore très présentes.

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