Le jour des Corneilles. Jean-François Beauchemin

C’est tout à fait par hasard que j’ai découvert qu’avant d’être un film d’animation, « Le jour des corneilles » était un roman. J’avais aimé le film, il me fallait donc lire le livre.

 

 

Synopsis

Sise au fin fond de la forêt, au-dehors d’un village perdu, une cabane abrite deux êtres saugrenus, hallucinés et farouches : le père Courge et son fils.
Ces deux êtres asociaux vivotent en autarcie et le père lit des prophéties dans les astres, s’angoisse devant la mort et se venge cruellement de sa destinée sur son fils alors que celui-ci voit apparaître les morts baignés d’une aura bleutée et interroge sans cesse le fantôme de sa mère. Mais ce qui étonnera le plus, c’est le langage du fils illettré mandé à comparaître en jugement : un verbe inouï, inventif et archaïque qui coule sur les questions existentielles dans une forme sans pareille.

 

 

Mon avis

Un livre de 156 pages, au premier abord je me dis qu’il va être avalé rapidement. Deux ou trois heures, selon ma forme du moment. Sauf qu’en fait non ! Pour plusieurs raisons, il ma lecture a été plus longue que cela.

Tout d’abord, si vous avez vu le film, sachez que l’histoire qui y est racontée n’est qu’une parcelle de l’histoire contée dans ce roman. Un moment important de la trame, oui, mais le livre permet une approche différente des personnages.

Dès les premières phrases, je n’ai pas manqué de m’étonner devant ce langage si particulier. Au début, je me suis demandée si le texte avait été écrit en Québecois, avec toutes ces expressions qui m’étaient inconnues. A moins que ce ne soit du vieux français médiéval ? Quoiqu’il en soit, on ne peut s’empêcher de s’étonner devant ce phrasé si particulier.

L’histoire se déroule en plein cœur d’une forêt, où vivent en ermite le père courge et son fils. Le père élève seul son fils, suite à la mort de sa femme. Et il faut bien l’avouer, ce n’est pas un tendre dans l’âme. Il a une façon de montrer son amour à son fils, très… particulière. D’ailleurs, l’enfant ne cesse de se demander si son père l’aime vraiment. Et c’est là un thème récurent qui sera omniprésent tout au long de l’histoire. L’enfant n’a de cesse de chercher la satisfaction de son père, de vouloir se faire aimer de lui, comme lui-même voue une admiration sans borne à son père. A travers ces deux personnages, l’auteur nous emmène à réfléchir sur ce qu’est l’amour. Est-ce qu’un père doit aimer son fils par obligation des liens du sang, ou est-ce une chose naturelle ? Peut-on reprocher à quelqu’un de ne pas aimer son fils, ou son père ? Dit comme ça, cette dernière question pourrait sembler bizarre, presque déplacée. Et pourtant, ce livre nous prouve que non, certaines questions méritent bien quelques réflexions.

Dans ce roman, il est aussi beaucoup question de la mort. En effet, le fils reçoit régulièrement des visites des morts. Chose que le père a du mal à s’imaginer, essentiellement par crainte de sa propre mort. L’attitude de ce dernier va d’ailleurs beaucoup évoluer au fil du l’histoire. La peur de mourir va le rendre de plus en plus confus, et étrange, notamment aux yeux de son fils.

Le jour des corneilles est une histoire poétiquement terrifiante. Car les mots, comme les phrases, sont empreints d’une douce mélancolie sur lesquels on se laisserait bercer facilement, mais l’histoire en elle-même est loin de cette douceur. Il s’agit en réalité d’une histoire bien tragique. Une de ces histoires où les personnages essaient de se comprendre entre eux, sans jamais y parvenir, où l’on aimerait leur venir en aide, tout en sachant qu’ils la refuseront, parce que c’est entre eux que cela se passe, où ces personnages ont finalement les mêmes sentiments l’un envers l’autre, mais n’arrivent pas à les exprimer de la même manière… d’où une incompréhension totale entre eux.
Ici, l’amour se fait omniprésent, mais il se fait surtout violent. A tel point que le fils va finir par chercher comment ce sentiment pourrait se transformer en quelque chose de palpable, physique. Et si dans un premier temps, cette quête peut sembler touchante et attendrissante, elle prendra par la suite une dimension bien plus inquiétante et tragique.

 

Le jour des corneilles est roman certes court, mais intense en émotion et en questionnement. Une histoire qui ne laisse pas indemne et pousse le lecteur à se poser quelques questions sur ce que sont les sentiments, sur la mort, et sur bien d’autres choses encore.

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