Le livre qui va te coller des semelles de plomb

La Fnac Saint Lazare, c’est un peu mon QG livresque. Le Virgin des Champs Elysées, Gibert Joseph situé à Saint Michel, et la librairie Scylla, ZE librairie de la littérature fantastique, sise dans le 12ème arrondissement de Paris, sont aussi mes QG. Bref, j’ai établi mes quartiers littéraires un peu partout dans la capitale.

Un jour de flânerie à la Fnac, je suis tombée sur ce livre

 

En le voyant, j’ai immédiatement été attirée par la couverture de ce livre.
 Une main rouge sur un fond violet. Ça m’a fait penser au dessin que l’on fait en faisant le contour de sa main avec un crayon. En quelques secondes, je me suis retrouvée avec 25 ans de moins. La couverture a quelque chose d’enfantin. J’aime et j’ai envie de savoir de quoi cause cet « Extrêmement fort et incroyablement près. »

 

Le synopsis

« Oskar, 9 ans, est surdoué, ultrasensible, fou d’astrophysique, fan des Beatles et collectionneur de cactées miniatures. Son père est mort dans les attentats du World Trade Center en lui laissant une clé. Persuadé qu’elle expliquera cette disparition injuste, le jeune garçon recherche la serrure qui lui correspond. Sa quête désespérée l’entraîne aux quatre coins de la ville où règne le climat délétère de l’après 11 Septembre. »

 

Mes impressions… incroyablement fortes

Argh ! Un livre sur le 11 Septembre… J’avoue, j’ai vu ça d’un œil sceptique. Parce que le 11 Septembre, j’ai eu ma période « Je suis triste et choquée, c’est horrible ce qui s’est passé ». Suivi de « Et si tous ceux qui disent que c’est le gouvernement qui a monté tout ça disaient vrai ? ». Puis « Yfonchier avec leur 11 Septembre, des attentats y en a tous les jours dans d’autres pays ». Et enfin « Mais yzont que ça à foutre ces pseudos intellos à voir des conspirations du FBI, de l’ONU et je ne sais quoi d’autre à tous les coins d’immeubles ? ».
Encore un livre sur le 11 Septembre…! Je craignais le truc larmoyant au possible qui me bassinerait sur ces vilains terroristes, la grande peine des Américains, tout ça tout ça. Non pas que je minimise cet évènement et ses conséquences tragiques, non. Mais à force de trop en entendre, il arrive un moment où je sature.

Oui mais voilà. Je suis une curieuse.
Lorsqu’un livre me tape à l’œil, outre lire la quatrième de couverture, j’ai pour habitude de feuilleter quelques pages.
Pour voir si la texture du papier est agréable. Les pages qui se tournent mal ou qui se collent entre elles, j’aime pas.
Pour me rendre compte des caractères d’imprimerie et de la taille des paragraphes. Parce que lire 25 pages sans aucun saut de ligne, avec des interlignes hyper serrées, ce n’est pas ma tasse de thé. Des pages remplies de phrases trop serrées, ça me donne l’impression de devoir lire en apnée. Je me demande quand est-ce que j’aurai le droit de respirer….  Il y a bien sûr des exceptions, mais en général j’apprécie lorsque l’auteur ou, et, l’éditeur font un effort sur la taille des paragraphes et des chapitres.
J’ai donc accompli mon petit rituel.
Et là, j’ai été… conquise. Je vois des paragraphes et des chapitres de différentes longueurs. Et… je vois… des images, des photos. Des mots barrés ou entourés.
L’auteur a rendu son roman vivant et attractif, et ça, j’adore.

Alors, au diable mes préjugés sur le 11 Septembre et les livres qui s’y rapportent. Ce livre, je l’achète

 

Un livre qui ne m’a pas laissée insensible

Comme à mon habitude, j’ai embarqué le bouquin afin de pouvoir le lire dès que l’occasion se présente. Et rapidement, j’ai compris que j’allais le lire chez moi. Uniquement chez moi. Parce que se mettre à pleurer dans les transports ou  à la pause déjeuner au travail, bah c’est pas top.

Oskar a neuf ans. C’est un surdoué. Mais c’est surtout un petit garçon qui a perdu son papa. Et ça lui colle « des semelles de plomb », parce qu’il est triste.
Alors, lorsqu’il va découvrir cette clé, il n’aura de cesse de trouver à quelle serrure elle appartient. Parce qu’il est persuadé que cela va donner un sens à la mort de son père.

Oh, bien sûr, on peut se dire qu’Oskar est suffisamment intelligent pour comprendre que cette clé n’expliquera pas le motif de cette perte de l’être cher. Il s’agit bien plus pour lui de trouver un sens à sa vie. Et surtout de garder en lui un brin d’espoir et de lumière dans son monde qui s’est effondré du jour au lendemain.
Extrêmement fort et incroyablement près, avant d’être un livre sur les conséquences du 11 septembre, est une ode à la vie… et à la mort. C’est une explosion de sentiments que nous offre l’auteur à chaque page, chaque phrase, chaque image.
Parce que prendre cet évènement comme toile de fond, c’était tout de même risquer de faire larmoyer sur l’attentat en lui-même, pour laisser le côté humain en arrière-plan. Or là, Jonathan Safran Foer n’est pas tombé dans le panneau. Oskar est un petit garçon, certes surdoué, mais un garçon de neuf ans comme un autre. Avec ses questions, ses peurs et ses doutes, qui doit affronter la perte d’un père qui lui a été retiré de manière bien trop brutale.

Et d’ailleurs, j’ai compris très rapidement que l’auteur n’avait pas pour but de stigmatiser ce fameux 11 septembre en découvrant l’histoire des grands-parents qui s’intercale avec celle d’Oskar et sa recherche de la serrure.
Ces interventions des grands-parents, tour à tour triste, poignante, étonnante ou… coquines ont cela de commun avec l’histoire d’Oskar qu’elles ne me laissent pas indifférente. Cette histoire se lit avec autant de plaisir que la principale. Si les raisons sont différentes, on remarque ce point commun qu’il existe sur le sentiment de la perte d’un être cher. Les mots, la forme sont différents, mais les sentiments restent les mêmes. Universels et intemporels.
Extrêmement fort et incroyablement près, c’est de la poésie à l’état brut. C’est aussi le miroir de la pensée de ses protagonistes.
Parce que parfois une page blanche, une photo ou un simple mot, ça vaut toutes les explications du monde.
Et ça, l’écrivain l’a bien compris.

Sa mise en page, si elle a l’avantage d’attirer l’œil du lecteur et de rentre le livre attractif, est surtout un reflet des pensées des personnages. Peut-être même de nos pensées.
Je ne sais pas vous, mais moi, je pense parfois en phrases distinctes et intelligibles, parfois en mode Post-it, et parfois en image ou en musique. Parfois je ne pense pas.

Dans ce livre, chaque page, photo ou signe a un sens. Et je me suis surprise à passer autant de temps à lire une page contenant une phrase de trois mots qu’une page entièrement dactylographiée. Un peu comme il arrive que l’on s’attarde plusieurs minutes sur une simple pensée, alors qu’on est capable de penser à vingt choses à la fois en dix secondes.
Si Extrêmement fort et incroyablement près a fait surgir des tas de sentiments en moi, ce livre n’est pas à considérer comme une histoire qui joue sur le sentimentalisme. Il appuie sur les émotions humaines, aussi dures soient-elles, c’est vrai. Mais jamais l’auteur ne tombe dans le pathos. Les mots sont simples, vrais. Quand Oskar s’exprime, il le fait du haut de ses neuf ans, avec son vocabulaire, ses pensées. Et c’est à travers cette simplicité que l’on se sent envahi par toutes ces émotions.
Ce roman, n’est pas sentimentaliste. Il est émouvant dans le sens noble du terme.

Extrêmement fort et incroyablement près un roman qu’il faut avoir lu… et vu, ne serait-ce que pour le style et pour l’objet en lui-même.

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